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Le "Spa de la rue"

February 5th, 2015

Aujourd’hui, je visite le Spa de la rue ! Avec beaucoup d’enthousiasme. C’est pour le travail. Pour observer. Pour voir comment notre association peut aider ce Spa de la rue.

 

Parce qu’à mon travail, l’ANPQ/RMQ/ANQ, on représente des membres passionnés qui ont du cœur, qui aiment utiliser leurs mains et leur savoir pour soutenir les autres.

Parce que « rue » ç'a besoin d’aide ce mot là !

Parce que « rue » ç'a sonne pauvre quand on le dit !

Parce que « rue » ç'a sonne bizarre avec « spa » !

De l’antithèse. Ça crée de l’antithèse dans notre tête pis dans notre cœur.

Parce que c’est aussi ça être thérapeute en médecine alternative, amener aux autres le petit plus qu’ils ne peuvent pas s’offrir (sauf qu’avec de l’argent).

 

Aujourd’hui, c’est la folie des lumières et de la belle neige qui tombe dehors. Depuis une semaine, je magasine les cadeaux de Noël. Je me magasine aussi le « bonheur » sur le net. Un trois petits jours de luxe pour mon amoureux et moi dans un spa. Un spa pas de la rue. Le forfait qui coûte… la chambre avec foyer, les soupers gastronomiques, les bains thermaux, les massages à l’huile, à la boue, alouette. T’sé les soins par dessus soins… Mon compte de banque me dit que c’est luxuriant, pourtant, je sais que ce n’est pas un luxe… je veux me reposer, reposer mon corps qui travaille si fort, reposer mon esprit qui est à bout se souffle. Mon pauvre, mon pauvre, mon pauvre moi…  

 

J’entre à la Maison du père, me dirige au Spa de la rue, voit M. Piquemal. Je suis de la grande visite. « Ici, on fait du massage de brousse ! » qu’il me dit. « On s’adapte à toutes les situations. On sort les massothérapeutes de leur zone de confort ! Et ils aiment ça !»

Et moi, je l’aime sur le coup ce M. Piquemal, il déstabilise !

 

Dans la grande salle de la Maison du père, y’a des tables, un écran et un film d’action qui joue l’après-midi, une table de billard pis dans le coin, quelques paravents qui délimitent tant bien que mal l’espace spa du reste. Y’a aussi M. Piquemal, deux massothérapeutes et des gens qui passent, qui s’arrêtent, qui viennent donner leur nom à M. Piquemal, qui viennent me voir pour planifier en quelques mots leur moment de luxe à eux. Ils ont confiance en moi sur le coup. Moi qui les observe. C’est la brousse de confiance. « Ici, il faut leur donner très rapidement confiance en nous. » Mission accomplie M. Piquemal. C’est une zone de bien-être. Et c’est rien du tout, c’est un coin de fortune.

 

« Moi, j’ai eu une badluck »

« Un contrat mal soumissionné »

« Entorse lombaire depuis toujours, embonpoint»

« Mal au dos » « pied » « main » « jambes » « coude » « cœur »

« Je mange mal, trop de sel, trop de sucre, je le sais »

« Divorce » 

Un monsieur arrive à côté de moi, peigne à la main dans son habit du dimanche un jeudi : « Ce qui manque de nos jours c’est l’amour, le vrai. J’ai été marié 17 ans, des couches j’en ai changées ! Un jour, je suis revenu et il n’y avait plus rien. Depuis, j’ai appris à pardonner madame» il est reparti.

…. Un temps

« Est-ce qu’il reste de la place, j’ai été le dernier à prendre ma douche, c’est pour ça que j’arrive trop tard. »

 

Aujourd’hui, je vois tous les types de corps qui se dénudent, toutes les histoires qui se racontent. En fait, aujourd’hui, je vois tous les mêmes besoins que dans mon bureau de thérapeute : réconfort, échanger, être écouté, amoindrir une douleur physique, une douleur psychologique, juste un besoin de vivre avec son corps et son soi-même, être aimé, dénudé du reste.

 

Ici au Spa de la rue, il ne faut qu’une table, une chaise, des matelas, des draps, de l’huile : l’essentiel ; il ne faut que deux corps, un qui donne l’autre qui prend : l’échange ; il ne faut que de la confiance : la monnaie essentielle à l’échange. Ce qui est totalement étonnant c’est ce que ça ne prend pas : l’argent.

 

Même pour mener la barque de cette mission, l’argent n’est pas le premier obstacle, ce n’est même pas le premier besoin. Le Spa de la rue, il lui faut plutôt de la reconnaissance, des effectifs en thérapeutes, de la logistique, de l’énergie pour qu’il vive, pour qu’il se prolonge dans d’autres villes et pour qu’il se déploie plus largement. Qu’il grandisse de la massothérapie jusqu’au soins des pieds, en passant par la naturopathie, l’alimentation, l’éducation à la personne et aux centres où sont soutenus ces personnes. On dirait le façonnement de la société dans l’utopie d’un monde meilleur et accessible pour tous. Et pourtant, au Spa de la rue, c’est du très concret, on ne peut plus concret. Le Spa est rendu dans plusieurs centres de services à Montréal, à Laval, à Québec, en France, en Belgique et bientôt ailleurs au Québec et dans le reste du Canada. C'est maintenant une chaîne de spas qui offre, à tous les pauvres corps, son luxe !

 

Mylène Lapierre

Coordonnatrice de projet à l’ANPQ/RMQ/ANQ

Naturopathe en périnatalité

 

Pour les massothérapeutes ou autres thérapeutes qui voudraient offrir du temps au Spa de la rue, parce que c’est une expérience de brousse qui sort des sentiers battus, nous vous prions de prendre contact avec M. Gérard Piquemal qui coordonne les opérations, via les sites Internet suivants :

http://www.spadelarue.org

https://www.facebook.com/LeSpaDeLaRue?fref=ts

 

Conseil d’administration du Spa de la rue

Sylvain Magnan, président

Daniel Turcotte, v-p aux communications

Gérard Piquemal, v-p aux opérations, membre de l’ANPQ et du RMQ.